![]() |
Citoyens
pour l’environnement et l’avenir de l’Est ontarien |
Citoyens pour l’Environnement
et l’Avenir de l’Est OntarienCe fichier peut aussi être téléchargé en format Word, en cliquant ici.
DÉCLARATION
au Conseil municipal du Canton de Hawkesbury-Est, le lundi 3 mars 2003
Madame, Messieurs les Membres du Conseil municipal, les Citoyens pour l’environnement et l’avenir de l’Est ontarien vous remercient de porter attention à notre mobilisation, à nos arguments solides et aux demandes insistantes de citoyens de plus en plus nombreux et inquiets, qui demandent votre protection contre les méga-porcheries qui veulent s’imposer à notre communauté.
La soi-disant « rumeur » n’en était pas une. C’est devenu en quelques jours la préoccupation numéro 1 de vos électeurs, le point de mire de notre région et de tous les médias. La raison est simple : la vision de toutes les menaces qu’entraînent ces promoteurs est un énorme nuage noir pour notre avenir.
Les réactions dans notre communauté ne sont pas une panique irrationnelle. Notre crainte du mal, et du pire, vient d’information crédible, et aussi de l’expérience de nombreux patelins qui se battent contre le raz-de-marée des méga-porcheries, en Ontario, au Québec, dans l’Ouest, et aux États-Unis. Notre peur se fonde sur le triste sort de plusieurs, qui n’ont malheureusement pas été protégés comme il fallait, ou pas à temps, par leurs gouvernements.
Nous vous remercions du règlement de contrôle intérimaire adopté le jeudi 20 février dernier. Mais il ne faut surtout pas s’arrêter là. Ce soir encore, nous faisons appel concrètement à votre diligence et à votre sens des responsabilités. Notre groupe a adopté une importante résolution, pour la suite de notre lutte à tous pour la survie de notre communauté. Voici son contenu et nos demandes au conseil municipal.
OUI AUX FERMES – – – MAIS NON AUX MÉGA-PORCHERIES
Les Citoyens pour l’environnement et l’avenir de l’Est ontarien demandent au Conseil municipal de Hawkesbury-Est de poser les actions suivantes :
- si le règlement municipal de restriction provisoire (ou « moratoire ») adopté le jeudi 20 février est contesté dans les 60 jours d’appel prévus par la loi, le Conseil municipal doit se porter à la défense de ce règlement qu’il a adopté à l’unanimité;
- si un permis était accordé par l’Inspecteur en chef des bâtiments de la Municipalité, pour la construction d’une méga-porcherie sur les terres de la Ferme Bédard et frères (ce qui nécessite que la demande de permis ait été absolument complète en tous points au moment où elle a été reçue – chose qui serait extraordinaire au plus haut point, dans les circonstances), le Conseil municipal devrait se joindre aux citoyens de Hawkesbury-Est et s’opposer au permis, comme l’ont fait d’autres municipalités de l’Ontario, en particulier la Ville d’Ottawa;
- le Conseil municipal devrait adopter une résolution symbolique déclarant Hawkesbury-Est « Municipalité sans méga-porcherie », vu que l’établissement de cette industrie est complètement incompatible avec la protection de l’agriculture, de nos fermiers, de notre environnement rural et de notre qualité de vie; et
- le Conseil municipal devrait se joindre aux nombreuses municipalités ontariennes qui expriment de graves inquiétudes causées par la Loi sur la gestion des éléments nutritifs et les règlements proposés pour son application, parce que cette réglementation (a) ne protège pas les droits et les ressources des agriculteurs; et (b) en même temps elle ne protège pas les citoyens et l’environnement contre les dangers que les méga-porcheries peuvent représenter pour la santé et l’environnement; et le Conseil municipal devrait, pour ces raisons, demander au Gouvernement de l’Ontario de créer un cadre de réglementation différent pour les méga-porcheries, qui ne sont pas des fermes, mais plutôt des usines, et qui doivent donc être réglementées et contrôlées comme des exploitations industrielles.
Nous vous soumettons ces demandes pour plusieurs motifs très importants :
- Parce que nous voulons préserver nos communautés rurales, notre environnement et la qualité de vie des résidents.
- Parce que les fermes sont essentielles à notre communauté rurale, et qu’il faut les protéger.
- Parce que l’implantation de méga-porcheries est incompatible avec la préservation de nos communautés rurales et de notre qualité de vie.
- Et parce que l’établissement de méga-porcheries est incompatible avec la protection de nos fermes.
Ces positions sont détaillées dans les nombreux documents que nous avons soumis à votre Conseil le 20 février. Nous espérons que vous les avez lus avec grande attention.
Notre position, et la position ferme que nous attendons de vous, est la suivante :
OUI aux fermes et OUI aux agriculteurs
OUI à notre environnement rural
NON aux méga-porcheries et aux intégrateurs qui les soutiennent.
Cette résolution a été adoptée à l’unanimité à Hawkesbury-Est, le 27 février 2003, par les Citoyens pour l’Environnement et l’Avenir de l’Est Ontarien
• • •
Un point de vue important se précise de plus en plus, chez nous, et il est crucial de le comprendre :
les méga-porcheries sont une menace très sérieuse pour tous nos agriculteurs locaux.
Voici comment.
Est-ce que les méga-porcheries seraient une
bonne chose pour les fermiers ?Non.
Premièrement : NOTRE EAU
Si l’eau souterraine de la région devient contaminée par l’épandage intensif de purin … L’eau des puits de nos fermiers sera contaminée aussi. Ça pourra rendre leurs animaux malades, leurs apporter des grosses dépenses de filtration, et faire perdre à certains leurs quotas de lait, du jour au lendemain.
Une nappe phréatique peut rester contaminée jusqu’à 40 ans.
Quelle garantie ont nos fermiers contre ces risques ? Qu’est-ce que leurs assurances vont en penser ?
• • •
Le VOLUME d’eau, maintenant… L’eau potable qu’une truie et ses petits boivent (calculée sur un cycle annuel de deux portées) serait en moyenne de 38 gallons par jour.
[Les chiffres de cette section viennent d’une enquête nationale qui a examiné 137 systèmes d’eau : National Average Data from Raftelis Environmental Consulting Group, 1998.]
Soyons optimistes : mettons 4 000 truies (au lieu de la rumeur du 6 000).
…38 gallons, multiplié par 4 000 truies, ça pomperait au-dessus de 600 000 litres d’eau par jour. Pour un an : on dépasse les 220 millions de litres d’eau. Juste pour boire.
Maintenant, pour nettoyer et faire descendre le purin dans les fosses : 15 gallons d’eau par jour, pour une truie, sans bébés. (Avec une portée, on a lu 35 gallons par jour, mais calculons pour 15.)
Un site de 4 000 truies, pomperait un autre 240 000 litres d’eau par jour.
Pour un an : au-delà de 87 millions de litres.
Additionnez les deux : on dépasse 300 millions de litres d’eau par année !
…Qui garantit aux fermiers qu’il y a assez d’eau dans notre sous-sol pour qu’ils ne manquent pas carrément d’eau potable pour leurs animaux?
Dans une région à méga-porcheries, la nappe phréatique a baissé de 125 pieds. Ailleurs, un gars a creusé à 520 pieds pour trouver une nouvelle source d’eau. Si les puits s’assèchent, qui va payer pour les re-creuser? Qui va apporter des dizaines de camions d’eau aux fermiers, pour leurs vaches et autres besoins, en attendant? Qui va payer pour les pertes que nos agriculteurs subiraient, avant que ça se règle?
Deuxièmement : MEGA-BUSINESS IS MEGA-BUSINESS
Les fermiers, d’habitude, ça règle leurs affaires ensemble, entre eux. Ils évitent de se nuire. Mais le gars qui signe un contrat avec un intégrateur, pour une méga-porcherie, il perd la plus grosse partie de son pouvoir de décision sur ses propres affaires. C’est comme acheter une franchise de McDonald’s : toutes les grandes décisions viennent du siège social – qui connaît pas les voisins et qui ne veut pas les connaître.
Pensez-vous que le fermier voisin, qui subirait une nuisance d’une méga-porcherie, il pourrait influencer la grosse compagnie qui est derrière, et qui sait même pas où est St-Eugène? C’est des corporations énormes. C’est pas des confrères fermiers, ni du monde de la place. Leur seul but, c’est de faire les plus gros profits pour leurs actionnaires. Ils se foutent complètement de nous.
Les représentants des intégrateurs peuvent être du bien bon monde, mais leurs décisions se font pour la grosse compagnie, et pas pour la communauté locale. Quand ils arrivent dans le voisinage, ils ont bien des dollars à nous passer en dessous du nez pour faire bon effet. Mais c’est juste un appât. Quand viendra le temps de signer le contrat, ça sera moins généreux.
Et une fois le contrat signé, marche par là. Le PDG d’une grosse corporation n’écoute pas son cœur. Il est là pour le fric, pour sa gang.
• • •
Troisièmement : RIEN À GAGNER – TOUT À PERDRE
Ceux qui pensent que les méga-porcheries vont acheter vos céréales, détrompez-vous !
La plupart ont des contrats d’exclusivité avec des intégrateurs (ailleurs, souvent au Québec). Ces compagnies-là ont leurs propres fournisseurs de moulée, vétérinaires et consultants, qui viennent d’ailleurs.
Les McDonald’s n’achètent pas leur steak haché au dépanneur du coin… Même pas leur ketchup.
Pour ceux qui seraient tentés d’embarquer dans le jeu des intégrateurs pour l’exportation mondiale de porc… Comprenez que pour faire ça, il faut compétitionner au niveau mondial, contre des pays où les terres coûtent moins cher qu’ici, la main d’œuvre coûte beaucoup moins, et le taux de change est à leur avantage…
Tous ces points-là du marché mondial, qu’on ne contrôle pas, peuvent jouer gros contre les fermiers canadiens qui sont pris dans un contrat d’exclusivité avec un intégrateur/exportateur. L’intégrateur voudra couper les dépenses ici, au local, et serrer la vis.
S’il est menacé de perte financière ou de faillite, l’intégrateur va plier bagages. Le gars d’ici, qui lui aura servi de couverture, va rester pris avec ses bâtiments vides, les dettes qu’il a endossées, pas de marché, pas grand chose pour se retourner de bord, ni pour assurer sa survie.
• • •
Les beaux discours des intégrateurs qui poussent pour ouvrir des méga-porcheries, qui parlent de « développement économique » et d’« efficacité », ça sert à quelque chose, oui :
- Ça sert à donner des prétextes aux politiciens qui veulent avoir de l’argent de la grosse industrie, pour leurs campagnes électorales.
- Ça sert à endormir l’opinion publique, qui veut être rassurée qu’aucun risque ne se réalisera.
- Ça sert à camoufler les tactiques de grosses corporations qui veulent un monopole du porc, et qui essayeront ensuite la même chose dans d’autres domaines de l’agriculture.
- Ça sert à donner l’impression que les fermiers locaux sont vieux jeu. Ça sert à faire croire aux agriculteurs qu’ils n’ont pas d’autre choix que d’embarquer dans le bateau.
Mais en regardant de plus près, on le voit : ce gros bateau-là, c’est un gros TITANIC.
• • •
Pour essayer de gagner l’opinion publique, les méga-porcheries se servent même des fermiers.
Elles essayent de se faire passer pour des entreprises agricoles, mais en même temps elles polluent comme des industries à grande échelle, parce que c’est ça qu’elles sont : des usines.
En se présentant comme des fermes, les méga-porcheries ont le beau jeu :
- Elles profitent des subventions que le gouvernement avait prévues pour les fermiers.
- Et elles abusent de la confiance du public pour les agriculteurs – comme ça, les méga-porcheries réussissent à ne pas être réglementés comme la grosse industrie polluante qu’elles sont.
L’autre soir, ici, on a même entendu, un « consultant de producteurs de porc » québécois accuser les petites fermes de faire plus de dégâts environnementaux que les méga-porcheries!
C’est absurde! D’ailleurs, un autre gros risque, pour les cultivateurs locaux, c’est que la pollution des méga-porcheries passe sur le dos des petits et moyens fermiers. (C’est la tendance.) Ça aurait deux conséquences graves pour l’ensemble de nos fermiers locaux :
- Le grand public pourrait perdre sa confiance envers les fermiers, perdre son respect pour ce métier de la terre, et en venir à sous-estimer l’utilité des fermiers pour la société.
- Et, encore à cause des méga-porcheries, l’opinion publique pourrait bien en venir à exiger que les gouvernements durcissent et compliquent encore plus les lois sur l’agriculture.
Pour nos fermiers, qui vivent de la terre et qui la respectent, ça serait un gros prix à payer.
Ça sonnerait la mort de notre agriculture locale.
CONCLUSION
Voilà des raisons très sérieuses qui expliquent l’importance et l’urgence de votre devoir d’élus. Je devrais plutôt dire « d’autres » raisons très sérieuses, car nous vous en avons déjà présenté un grand nombre, la semaine passée, que nous n’avons pas répétées ce soir : elles sont toutes expliquées dans un lourd dossier, que vous avez reçu de nous le 20 février.
Nous n’avons pas reparlé de toutes ces choses très préoccupantes :
- Les gaz toxiques pour les travailleurs et pour nous tous
- La baisse de valeur de nos propriétés
- Les graves risques des nitrates et du E. Coli, pour nos puits, pour notre santé
- Les dangers des phosphates pour nos cours d’eau
- La complexité de réparer les dégâts après-coup
- La nuisance aux commerces locaux et à notre économie
- La mort presque certaine des nos rêves d’éco-tourisme et d’un Ste-Anne-de-Prescott VERT
- Et la possibilité que même une seule méga-porcherie en attire plusieurs autres chez nous.
On n’a pas ré-expliqué toutes ces graves raisons, parce qu’on espère que vous prenez notre travail au sérieux, au plus haut point.
Les menaces que nous venons de décrire pour nos fermiers sont aussi importantes, sinon plus encore.
Vous êtes responsables de protéger vos citoyens, notre communauté, notre économie.
Il faut que notre volonté, exprimée ce soir encore, devienne VOTRE volonté.
Pourquoi? … En deux mots, ce qui nous resterait d’une méga-porcherie,
ce n’est PAS des emplois,
ce n’est PAS une communauté forte et unie,
ce n’est PAS un avenir :
C’est de la cochonnerie.
OUI aux fermes et OUI aux agriculteurs
OUI à notre environnement rural
NON aux méga-porcheries et aux intégrateurs
qui les soutiennent.L’Est ontarien, notre chez nous,
ne doit pas devenir la soue à cochons des industriels du Québec.Merci de votre attention.
Citoyens pour l’Environnement et l’Avenir de l’Est Ontarien
C.P. 345, St-Eugène (Ontario) K0B 1P0